28.12.2009

Mes excuses

Elle dit qu'elle s'est levée pendant la nuit, il ronflait. Alors elle a préféré faire autre chose qu'attendre le sommeil, faire autre chose que s'endormir en voyant un visage qui la regarde avec fascination, entier, présent, souriant, puis sentir le choc du réveil le sursaut, s'en détourner, non, ce n'est pas à moi, et alors revenir au noir. ca tourne en boucle, encore et encore, vingt fois, cent fois, trop, sur quelques heures sans sommeil profond et réparateur : une insomnie de sursauts : trop dangereux, trop de bien-être qui s'en va déjà. Alors elle a quitté les draps.
Elle dit qu'elle a pris le temps d'imaginer des scènes, et ce faisant, elle voyait, savait, que tout était de l'ordre du possible. Parce que les réactions rêvées sont, cette fois, possibles. Mais il y a toujours un mais. Ou bien c'est juste qu'elle veut le croire, que ça serait pratique, ou bien c'est illusoire ou bien c'est véridique : il y a un mais.
Elle a fini par se regarder, vraiment, belle, dans le miroir.
Elle s'est dit : je ne veux pas occuper cette place. Si c'est déjà là, ça restera. Je ne veux pas être celle dont on doit se reposer, qu'il faut encaisser à coups de trèves. Pas déjà, pas possible, pas de ça comme fondement d'une histoire. Elle a pensé une seconde C'est peut-être juste une excuse. Elle s'est efforcée d'être juste, respectueuse : il n'a pas à être la même personne que moi. Elle s'est souvenue que deux jours à peine, plus tôt, elle a dit, que elle aussi, elle voulait du temps. Et c'était vrai. Elle a revu la scène "j'ai envie de prendre soin de toi" avec regret.
Elle est restée éveilée, elle a pensé se séparer. Quitter une appartenance, payer ailleurs le prix de cette mélancolie et savoir que ce bouleversement, elle le voyait, comme c'est triste et injuste n'est-ce pas, avec un prix dessus : la magie vaut un autre cul.
Alors est restée éveillée, a cherché le moyen de le dire, le vivre, le faire passer sans aucun reproche dedans parce que ça serait déplacé. Elle a été horrifiée à l'idée que ça le soulagerait : ce qui renforce son besoin et la met en mille morceaux en même temps.
Elle a pensé à un plan, drôle, merveilleux, mais c'était une manière détournée de retarder et le gagner. Elle a pensé juste disparaître. Puis le voir bien en face et lui montrer : regarde, je t'efface là, je t'efface là, je t'efface là. Pas à pas, avec lui, se tenir la main et dire : je suis avec toi dans mon départ.
Elle a pensé qu'elle était lâche. Elle a réalisé qu'elle ne méritait alors pas la légèreté qu'elle demandait. (coeur léger et sourire, mais pour respirer il faut autre chose, nos contradictions, nos bruits et nos confusions). Elle a regretté de n'avoir aucun talent pour éviter le dramatique. Elle aurait aimé pouvoir dire : je suis déchirée, déjà, je sais c'est absurde et j'en ris intérieurement. Mais tu vas me mettre en pièces. Et je ne veux pas. Ne sois pas fâché, ne me juge pas. Je vaux plus que ça d'habitude. Etcetera.
Elle a dit Jerry. C'était le nom de celui quand elle avait dix ans lui parlait comme elle : même mots, même pensée. Le copain imaginaire.
Elle l'a pas dit, vous savez. Elle l'a juste pensé. Et puis, elle a pensé : "j'ai suffisamment".
Jerry aurait compris. Il aurait entendu : Sois au même endroit que moi. Et il y aurait été. Ca a sûrement été le cas, si on arrive à se souvenir. Mais c'est un rêve de petite fille.
Alors elle est revenue un peu dans le réel. C'était la nuit et il fallait dormir.
Elle a pensé aimer simplement de loin. Se réjouir d'un bonheur sans elle. Vraiment, profondément. Elle a pensé "copains". Parce que ça c'est simple, c'est direct et c'est bien.
Plus tard. Trouver les mots justes. A coup sûr et avec générosité. Mais demain ou plus tard.
Ne pas être engloutie, avec un peu de chance se moquer de soi : comment j'ai pu croire à ça, hahaha. Sans ironie, juste de la tendresse. Pouvoir à terme, il faudra, toucher une main avec une affection désintéressée et dire Sois ben, suis ton chemin.

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